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Le labo d'Emmessem

Le Gendarme

31 Juillet 2014 , Rédigé par Emmessem

Il se réveille en sursaut. Ça ferait un bon début de film. Pourquoi pas une comédie française ? Dommage que ce genre de commencement soit surexploité par les jeunes réalisateurs. Enfin, il n’en sait pas grand-chose. C’est son cerveau qui a attrapé rapidement cette idée au vol et la laisse s’enfuir. Il réfléchit vite. Trop vite. Malgré un mal de crâne hors du commun. Comme si un pivert lui martelait l’intérieur de la tête. Le temps de comprendre qu’il est assis à un bureau, il passe la main sur son front chauve, dégoulinant de sueur en se demandant combien de temps il a dormi. Le monde a tellement changé en…Cinquante ans ?

« Chef…

- Qu’est-ce que tu veux, hein ? Qu’est-ce que tu veux ? Tu veux un coup de pelle ? »

Il avait répondu machinalement au rouquin venu l’importuner pendant qu’il reprenait ses esprits, avec l’étrange impression que cette réplique a toujours été en lui. En même temps, ses bras se mettent à bouger dans tous les sens, il tire sur tous les muscles de son visage en poussant des cris. Plus que de la simple colère, il se trouve dans un excès d’autorité. Ses joues gonflent, il est devenu tout rouge. Il n’est même pas sûr de comprendre ce qu’il dit.

« Non mais c’était juste pour vous dire qu’il va falloir y aller, chef.

- Ah. Très bien. »

L’autorité reste. La colère s’en va. Les interrogations sont toujours-là. Beaucoup de souvenirs lui reviennent, qui datent de plusieurs vies. Il a arrêté une bande de nudistes et un voleur de tableau, avant de se rendre à New York. Commissaire, il s’est lancé à la poursuite du plus grand criminel de toute l’Europe. Chef d’entreprise, il est devenu rabbin le temps ‘une danse. Il a été un riche industriel comme un pauvre épicier, un criminel comme un auteur comique raté, un critique gastronomique comme le chef d’un grand restaurant. Et un seigneur avare du dix-septième siècle à la folie des grandeurs. Une – plusieurs – fois, il a même rencontré des extraterrestres.

Une partie de ces vies est réelle. L’autre est rêvée. Il n’arrive plus à faire la distinction. Mais qu’elles aient eu ou non un impact sur le vrai monde, il les a toutes vécues à fond. C’est tout ce qui compte. Et qu’importent les exploits qu’il a pu accomplir. Il aurait pu vivre cent ans et en faire le double, aux yeux du monde, il a été, est, et sera toujours Le Gendarme.

Le Gendarme

Voilà. Je ne sais pas bien où ce texte me mènera. Concrètement, je ne sais même pas s'il me mènera quelque part.

Mais on est le 31 juillet 2014. Il y a 100 ans naissait Louis De Funès. L'acteur qui a bercé mon enfance et qui bercera sans doute aussi celle des générations à venir. Mais ce n'est pas qu'un papy "ringard" - comme dirait Michel Galabru, que je salue s'il reçoit une alerte Google disant que j'ai cité son nom et qu'il me lit - qu'on montre aux enfants pour les faire rire et leur donner un premier contact avec les films.

C'était surtout un virtuose, capable de tout jouer. Alors que le cinéma français se perdait, de la même façon que Doctor Who a transformé la télévision anglaise, les films dans lesquels il a joué ont révolutionné la Comédie, inventant un nouveau genre et acceptant même le drame pour certains. Sans lui, beaucoup de scénaristes-acteurs ne feraient pas ce qu'ils font. Aidé de gens comme Jean Girault, André Hunebelle ou Robert Dhery pour ne citer qu'eux, il a posé les bases d'un genre nouveau. Un genre prêt à accueillir Les Nuls et Alexandre Astier, par exemple.

Plus concrètement, il s'agit clairement d'un de mes modèles.

Mais tout le monde dit tout ça. Et je voulais faire quelque chose de différent, à défaut de quelque chose de mieux.

Le Retour du Gendarme.

Joyeux centième anniversaire, Louis De Funès.

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