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Le Labo d'Emmessem et Ben' D.

Rage 2, critique furieuse du coït raté d'id Software et Avalanche Studios

Rage 2 : Fury Test - droits d'image : Bethesda Softworks

Rage 2 : Fury Test - droits d'image : Bethesda Softworks

Il a débarqué le 14 mai dernier, attendu comme un messie de furie et de chaos. Il est la suite de la bonne surprise sortie en 2011 et signée id Software (DoomWolfenstein). Cette fois-ci, il est porté par un deuxième studio, Avalanche (Mad MaxJust Cause), qui a utilisé son moteur maison pour donner vie à l’open world du jeu. En bref, on a joué à Rage 2

Synopsis : Rage 2 est un FPS se déroulant dans un monde post-apocalyptique, entre Mad Max et Borderlands. Il est la suite de Rage premier du nom, sorti en 2010. Le jeu, édité par Bethesda, offre au joueur une expérience en monde ouvert dans un futur post-apocalyptique causé par la chute d'un astéroïde. (Jeuxvideo.com) 

 

Marketing, a success story

 

Voilà un vrai cas de succès story pour les futurs élèves en marketing. L’équipe derrière la promotion du jeu nous a vendu Rage 2 comme un gros morceau de folie vidéoludique où tout – des personnages et du parcours du héros à son gameplay – semblait être cocaïné. On s’attendait donc à du fun furieux dans un univers tout aussi énervé et barré qu’on traverserait de par et d’autre grâce à une aventure de série B énergiquement barrée contenant son lot de surprises toujours plus folle les unes que les autres. Tout cela, mes amis, tiendra hélas du mirage, une fois la manette entre vos mimines

Quelques sites critiques renommés dans le domaine vidéoludique ont probablement dû effacer ou adoucir votre « gamer fear »- ou la crainte du joueur de dépenser soixante-dix balles pour une daube ou un jeu médiocre qui en vaudra pas plus de vingt selon lui – au moment de passer à la caisse. Et vous ressentez maintenant une certaine colère à l’encontre de l’éditeur et des développeurs du jeu de la même façon que votre banquier broie du noir en voyant votre compte bancaire s’amenuiser. Enfin, pas tout à fait de la même façon, puisqu’après avoir boudé un moment, votre banquier sourit en se remémorant qu’il pourra vous réclamer des intérêts sur votre prochain prêt ou vous prélever quelques euros à chaque achat passé pendant que votre compte se tient dans la zone rouge. Alors que, eh bien, si vous avez acheté la version pc, vous êtes niqués. Et concernant les joueurs de console, vous perdrez la moitié de la somme investie en le revendant au même marchand qui vous dépouillé de soixante-dix billets ou sur un site internet où les gueulards vous le prendront au prix le plus bas possible. Pas de bol, copain

 

La Folie pour les nuls 

 

Pas de chance en effet, puisque vous avez eu affaire à un jeu ne répondant pas aux attentes conçues par le service marketing. Bon, ce ne sera pas la première fois qu’on vous picore la dignité à coup de mensonges éhontés bien légaux. Que ce soit au cinéma (Alita Battle Angel), en littérature (Darth Vader #25), ou chez votre banquier (attention aux astérisques, si on retire « asté », que lit-on ?!). 

Certes, les phases en First Person Shooter concoctées par id software sont fichtrement réussies. Et plus on avance, plus on augmente les capacités de son personnage, plus l’expérience gagne en énergie destructive. Et vous aurez de quoi pousser les habilités de votre gusse grâce à des arcs d’améliorations riches (trop pour la proposition du jeu). Puis, direction un autre camp de couillasses à exploser, une autre destination à nettoyer, une autre mission consistant à récupérer un outil ou à faire fi de tout ennemi sur une zone, une autre cible à abattre ou un élément de météorite à choper après avoir battu tous les ennemis…. Bref, vous devez – une énième fois - aller d’un point A à un point B et la jouer livreur FEDEX musclé du genre recommandé à signer avec cervelet et tripes extirpés des nombreux tissus et os qui les abritaient alors. 

Alors, vous allez me dire ? Ne serait-ce pas le cas pour de nombreux jeux ? Si, probablement, et je vous dirais ceci : pourquoi l’expérience semble ici tellement répétitive ? Serait-ce l’absence de conséquence de nos actions sur cet environnement hostile ? Le vide narratif – allez, on est gentil et on utilise quand même le mot prétexte – qui nous souffle au cul pour nous pousser à faire ces déplacements ? Peut-être est-ce au fait que tout ait lieu solo et que les personnages semblent là pour.... Oh shit, servir de prétexte ?! Ou alors, ne pourrait-on pas trouver la cause dans le fait que tout ce que vous faites pourrait avoir lieu dans un autre jeu – ou a déjà eu lieu en mieux dans un autre (et bien meilleur) jeu – tant cela pue le manque d’ambition ? Le vide consternant de l’open world ? Ou, le fait que les décors manquent clairement de diversité et qu’on a rapidement fait le tour – en trois dimensions – des camps et autres zones de gunfights de Rage 2 ? M’enfin, c’est peut-être aussi bien à cause des déplacements… 

Eh coucou ! - Droits d'image : TechRadar / Bethesda Softworks

Eh coucou ! - Droits d'image : TechRadar / Bethesda Softworks

« Ça suffit, ça suffit, ça suffit ! Tais-toi, tais-toi, tais-toi ! », me dirait peut être un De Funès post-opératoire sorti du Fantômas d’André Hunebelle. Prenons donc un des points et affrontons-le. Car il s’agit bien d’un combat entre le joueur et le jeu lorsqu’il doit prendre en main le phoenix, ce véhicule tout terrain personnalisable collé au joueur tout au long de l’aventure et uniquement jouable en Third Person Shooter. Bon, ça n’est pas tout à fait vrai, vous aurez aussi la liberté de piloter tous les autres joujoux du jeu, m’enfin, on vous souhaite bonne chance pour vous amuser avec une bonne partie d’entre eux. Oubliez la moto. Quant au phoenix, le bordel (c’est ainsi que vous finirez par l’appeler au bout de deux heures de jeux, ou de trente minutes) est difficile à manœuvre tant l’objet est lourd dans ses manœuvres et peut facilement être bloqué entre deux bambous incassables. Et ne comptez pas trop sur le frein à main pour mieux prendre un virage, vous ne feriez que faire un demi-tour pour mieux le rater en marche arrière. Ainsi le gameplay en FPS de plus en plus énervé vous manquera tant les déplacements sont d’une lourdeur et lenteur auxquelles on ne s’attendait plus en 2019, surtout après les extraits des diverses vidéos promotionnelles. 

Rage 2 semble ainsi avoir le cul entre deux chaises, l’une d’entre elles est le gameplay réussi d’id Software qui arrive à vous tenir en haleine malgré les nombreux manquements du jeu (comme suggéré plus haut : le vide narratif, l’impression de jouer au livreur furieux à chaque objectif ; le manque d’objectifs divers ; le manque de variété de décors et de contextes afin de diversifier l’utilisation des pouvoirs, armes et autres capacités ; etcetera), c’est dire à quel point ils sont doués dans ce qu’il font, et l’univers porté par le fragile APEX et autres outils d’Avalanche Studios qui, hélas, ne font que mettre à mal l’expérience. Cela, à tel point qu’il nous a pris de rêver d’un Rage 2 alternatif complètement géré par le studio de Doomdans un environnement fermé ou semi-ouvert avec lâchage complet de slips dans la création de l’univers. 

Oui, la direction artistique tout en couleurs pétantes et formes post-Mad Max-iennes fonctionne bien. Certes, l’APEX engine nous offre de beaux panoramas. Mais tout cela tient d’une vision aujourd’hui convenue de la folie et du furieux, surtout quatre ans après la sortie du tonitruant Mad Max Fury Road sur nos écrans. La map est vide de vie (comprenez par vie, l’activité de personnages, de  figurants, animaux et leur interactivité avec le joueur), sinon d’ennemis, présents en masse, en pagaille, à quelques différences d’actions prêt : un camp, un gros camp avec un artefact ; un énorme drone tireur… La surprésence d’ennemis et des activités quasi-identiques liées à ceux-ci est aussi en cause concernant le problème de répétitivité du titre. 

Attention, cette impression de vitesse est un mirage. - Droits d'image : Game Informer / Bethesda Softworks

Attention, cette impression de vitesse est un mirage. - Droits d'image : Game Informer / Bethesda Softworks

Concernant la folie pour les tout-doux, il en est de même pour le récit soloqui, avec son jeu de méta raté et quelques blagues sympathiques mille fois entendues, ne propose aucune surprise. Pire, c’est l’un des parcours héroïques de série B les plus fainéants jamais présentés. Le manque d’ambition et d’énergie du jeu est d’autant plus frappant que celui-ci voudrait nous faire croire à une certaine liberté d’action. Oui, pour faire aboutir un plan épique contre le grand bad guy ressuscité depuis la fin du premier jeu, vous devrez rencontrer trois grands personnages à l’origine de ce plan et travailler pour eux. Si vous commencez par l’un, vous aurez accès aux améliorations des armes, si vous commencez par l’autre, à l’amélioration d’autres éléments. Chacune des voies présente son lot d’action et de périples interminables, de quoi frustrer le joueur en quête d’une montée en tension. 

La frustration ne s’arrête pas là. Rage 2 est loin d’être le jeu le mieux foutu, du moins, le mieux fini du marché. Vous pourrez ainsi être coincé entre quelques arbustes avec votre véhicule et ne jamais pouvoir en sortir malgré l’apparition du message « appuyer sur … pour sortir du véhicule ». Même si Avalanche nous offre quelques panoramas, la hideur de nombreuses textures saute aux yeux lorsque la caméra, en TPS, ou le joueur, en FPS, s’en approche à moins de deux-trois mètres. Nous avons aussi subi un bug sonore à rendre sourd le moindre alien qui passait par la voie lactée afin de rencontrer enfin cette déconcertante humanité. Ces extra-terrestres, dégoutés, retourneraient alors, les bulbes auditifs en sang, vers l’ailleurs.  En effet, le son du roulement de la mitrailleuse ne cessait de se faire entendre – à un niveau plus important que d’habitude - tandis que les effets sonores de tir et d’avancée du véhicule se faisaient muets. 

 

Le chaos de Rage 2 ou un monde post-apocalyptique bien convenu. Droits d'images : Culturellement votre / Bethesda Softworks

Le chaos de Rage 2 ou un monde post-apocalyptique bien convenu. Droits d'images : Culturellement votre / Bethesda Softworks

Sauvegarder. Charger la partie. Constater la présence du bug. Sauvegarder. Accéder au menu. Recharger la partie. Reconstater ce ***tain de bug sorti des enfers du développement du jeu. Enlever le disque. Redémarrer la console. Remettre le disque. Charger. Jouer, sans bug. Conduire le véhicule jusqu’à un nouveau point. Etre pris dans un bug d’environnement. Quitter le jeu. Maudire le jeu. Ranger le jeu. Revendre le jeu coûte que coûte. Réussir à le vendre. Remercier intérieurement l’acheteur et explicitement toutes les forces supérieures qui ont poussé le gusse à faire la même erreur que nous, soit faire confiance aux éléments marketing et à bien des sites consacrés au jeu vidéo. Le divorce avec Rage 2 est tombé. On aurait aimé qu’il en soit de même pour id Software et Avalanche Studios tant Rage 2 constitue le produit d’un coït raté qui aurait mieux fait d’en rester aux préliminaires d’un possible partenariat. Et on est prêt à parier, faute aux nombreux problèmes liés au monde ouvert d’Avalanche, que celui-ci s’est clairement trompé de trou sous le lit. 

11/20 - un retour par Ben'D (ravalant sa déception)

11/20 - un retour par Ben'D (ravalant sa déception)

Que faire de votre vie après nous avoir lu ?

 

  • lire la critique de Rage 2 par NoFrag ici : https://nofrag.com/2019/05/22/136184/
  • revoir Mad Max
  • revoir Mad Max 2 The Road Warrior
  • revoir Mad Max Fury Road
  • revoir Mad Max Fury Road Black & Chrome Edition
  • rejouer à Doom (id Software, 2016) et aux autres jeux du studio, genre les Wolfenstein et surtout, Rage, premier du nom. 
  • rejouer à Mad Max (Avalanche Studio, 2015)
  • économiser et attendre patiemment Doom Eternal (id Software, 2019)


Test accompli sur Playstation 4 Pro.

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